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Le Jardin des Plantes : à la découverte d'un îlot de verdure toulousain

par Elodie Cattani

    Le Jardin des Plantes occupe une place centrale dans la ville rose où il y a un total de 43 jardins. Alors qu’est-ce qui fait de ce Jardin des Plantes, un jardin particulièrement remarquable du centre-ville toulousain ? Un jardin a plusieurs fonctions, il sert à embellir la ville, a un impact économique sur le quartier où il se trouve mais aussi des fonctions hygiénistes et sociales. Pour créer les jardins, on copie la capitale, on les dote de jolis plantes et arbres mais aussi de statues, telle que Diane, l’Apollon du Belvédère ou encore Le retour d’Auguste Seysses, représentant les retrouvailles amoureuses de deux amants. Les jardins contiennent également des portails et de constructions plus imposantes. Ainsi, certains aménagements du jardin des Plantes de Toulouse, qui est créé en 1794, s’inspirent du parc des Buttes Chaumont et du parc Montsouris avec sa cascade et son belvédère.

     La création du Jardin des Plantes

    1794 est en fait l’année où le Jardin des Plantes s’installe à son emplacement actuel. Ce projet fait suite à deux précédentes tentatives menées respectivement en 1730 par la Société des Sciences de Toulouse et en 1756 au niveau de l’actuelle rue des Fleurs qui était alors la rue de la Sénéchaussée.

 C’est finalement au naturaliste Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse qu’on doit d’avoir un Jardin des Plantes installé ici, sur les jardins de Frescati qui appartiennent alors aux Carmes déchaussés. C’est d’ailleurs leur église conventuelle Saint-Exupère qui est à proximité, édifiée en 1623. Le jardin est par la suite agrandi au fil des acquisitions de terrains environnants.

     Qu’est-ce qu’un jardin des plantes ?

    Un jardin des plantes est un lieu où on essaye d’acclimater des arbres et des plantes exotiques ramenées de voyages et où on pratique diverses méthodes de culture. Grâce au botaniste Picot de Lapeyrouse le jardin compte au début du XIXe siècle 1300 variétés différentes. Les personnes les plus pauvres peuvent aussi cueillir des plantes médicinales. La proximité des facultés de sciences et du cabinet d’histoire naturelle enrichissent encore ce pôle toulousain. Les 7 hectares du jardin étaient alors divisés en 7 écoles spécialisées. C’est en 1886 que le Jardin des Plantes ne devient plus qu’un jardin de plaisance et perd sa fonction botanique. De nos jours, le jardin botanique Henri Gaussen, contenu à l’intérieur du muséum, a repris cette fonction pour l’Université Paul Sabatier.

     La mare et la butte
    En 1817-1818 la pièce d’eau et la butte sont créées pour venir compléter l’ensemble du Jardin des Plantes. Le bassin est alimenté par l’eau venant du canal au niveau du Pont des Demoiselles. On peut admirer une cascade au niveau de la butte.

    De 1887 à 1976, le Jardin des Plantes accueillait des animaux en cage "exotiques" tels qu’un marabout, une autruche, un chameau et des manchots. La ménagerie du Jardin des Plantes comptait dans les cages, sous la butte, des hyènes, des putois, un renard et une volière. Il y avait en plus tout le long de l’allée centrale diverses cages.


      Les statues d’Hippomène et d’Atalante
   Deux statues illustrent le mythe d’Hippomène et d’Atalante. Hippomène met au défi Atalante de courir contre lui. S’il gagne, elle accepte de l’épouser. S’il perd, il mourra devant elle. Il réussit grâce à Aphrodite à gagner la course. En conséquence, ils se marient et s’unissent. Oubliant de remercier la déesse, les amoureux sont transformés en animaux et incapables de s’unir à nouveau.                                                                                              →

   Un lieu de mémoire de la Seconde Guerre Mondiale
   Du côté sud-est du jardin, l’ambiance est différente, plus lourde. Nous sommes entourés par l’allée des justes des nations, d’une plaque en l’honneur des personnes ayant péri en sauvant la vie des juifs et de deux bustes de résistants assez reconnus à Toulouse, Jean Cassou et Jean Moulin. La présence de ce pôle au sein du jardin en fait également un lieu de mémoire et de recueillement. Ces aménagements rentrent directement en résonance avec le musée départemental de la Résistance et de la Déportation situé non loin, le monument à la Gloire de la Résistance qui constitue la butte de l’autre côté de l’enceinte.


    La végétation du jardin
   Les essences locales sont composées de chênes, de platanes encore, très présentes aujourd’hui, les essences de pins, de tilleuls et d’ormes. De nombreux apports botaniques nous viennent d’Amérique, tels que le robinier, le magnolia, le tulipier, le frêne et le févier. D’autres plantes, orientales elles, viennent également embellir le jardin, tels que le cèdre, le marronnier d’Inde, le paulownia ou le mûrier, introduit à Toulouse.

   Pour les fleurs, si on connaît le rapport de Toulouse avec la violette et le pastel, on ignore que le chrysanthème est aussi relié à Toulouse puisqu’on doit le développement de sa culture à un certain capitaine Bernet qui en développe 300 variétés.


     Le portail de Nicolas Bachelier
    Le portail de la commutation des droits a été dessiné en 1545 et desservait à l’origine la salle du petit consistoire dans l’ancien Capitole. La porte en fer forgée est fixée dans un encadrement plein cintre encadré par deux étages de colonnettes. Au-dessus de la porte, est figuré un oculus aveugle sous un fronton triangulaire. Les colonnes sont couronnées de blasons de capitouls martelés en 1793. Des croissants et un autre blason surmontent l’ensemble.

    Ce portail est emblématique du travail de Nicolas Bachelier au XVIe siècle. On y retrouve une façade symétrique et ordonnancée. De nombreuses façades d’hôtels particuliers toulousains reprennent les mêmes éléments. Nicolas Bachelier en a dessiné, réalisé de nombreux. 


    Le mur du château narbonnais
  Cet autre élément architectural déposé dans le Jardin des Plantes est également un vestige de l’histoire de Toulouse. Issu du château narbonnais, la résidence des comtes de Toulouse du XVIIIe au XIIIe siècle. Il s’agit ici d’un élément décoratif en brique, avec quelques rangées de pierres sur la partie basse. Deux baies géminées ornent le mur et ont conservées leurs colonnes. 


     La statue de la femme au paon
    Cette statue en résine est la copie de l’originale conservée au musée des Augustins. C’est une autre statue d’Alexandre Falguière, réalisée vers 1890, comme de nombreuses autres dans le parc. La jeune femme est nue et caresse un paon présent à ses côtés. Le pied qu’elle pose en hauteur permet à l’artiste de jouer sur le balancement de son corps. Les sculptures du Jardin des Plantes font toutes référence à des figures mythologiques de l’Antiquité en rapport avec la nature, les animaux, le jeu, et l’amour. Des thèmes légers qui vont donc à ravir dans un jardin..


       L’escarpolette

      Sous couvert d’éléments de plaisance, et parmi les végétaux et les animaux, l’Art est présent au jardin. Ce manège l’Escarpolette est lui aussi un clin d’œil discret à l’Art. En effet, il renvoie au tableau Les heureux hasards de l’Escarpolette, réalisé à la fin des années 1760 par Jean Honoré Fragonard. Bien que repris ici pour la balançoire, le tableau illustre aussi les divers plaisirs auxquels on peut se livrer dans cet écrin vert : du jeu ludique ou sportif, à la contemplation des végétaux, animaux et éléments architecturaux jusqu’aux échanges amoureux. L’Art représente et rentre en résonance avec les activités du jardin.
 

L’histoire de la faculté toulousaine: des collèges médiévaux aux lieux universitaires du XXe siècle 

par Emeline Domain et Jade Orsolle

   Le catharisme apparaît au XIe siècle et est particulièrement bien implanté dans le Midi toulousain. De multiples moyens vont alors être mis en place afin de lutter contre cette hérésie. La prédication, c'est-à-dire l'enseignement de la foi aux fidèles et évangélisation des foules, constitue l’un des moyens mis en place pour lutter contre le catharisme. Ces missions de prédications ayant été confiées aux cisterciens, un grand nombre de fondations cisterciennes se sont implantées dans la région toulousaine. En témoigne la nomination à l’évêché de Toulouse du cistercien Foulques en 1205. Il est intéressant de souligner l'importance de l’action de saint-Dominique dans la lutte contre le catharisme puisqu'il est notamment à l’origine de la création de l’ordre des Dominicains. Parmi les instruments de lutte contre l’hérésie cathare il faut aussi noter la création de nombreux tribunaux à partir de 1233. L'Inquisition sera d’ailleurs confiée aux dominicains dès 1234. La création de l’Université, à Toulouse, en 1229 constitue également un des éléments de la lutte contre le catharisme. 

   Saviez-vous que l’Université de Toulouse est la deuxième faculté française à voir était fondée puisqu'elle succède à la Sorbonne (créée en 1200). Le traité de Paris, signé le 12 avril 1229, contraint Raymond VII, comte de Toulouse, à prêter allégeance au roi de France, Louis IX. Le comte se retrouve dans l'obligation de céder au roi près de la moitié de son territoire, de marier son unique fille, Jeanne, avec Alphonse de Poitiers, l’un des frères du roi. Ce traité impose également à Raymond VII de fonder une Université à Toulouse afin de lutter contre l’hérésie cathare et stipule la présence de quatorze enseignants venant de Paris. 

   C’est dans le nouveau bourg médiéval de Saint-Sernin que s’installèrent la plupart des collèges universitaires. Il est tout à fait intéressant de noter que le terme “quartier latin”, utilisé pour évoquer le quartier Saint-Sernin, est d'origine parisienne et désigne l'arrondissement où s'élevait l'Université et dont l'enseignement était dispensé en latin. 

   Le rendez-vous de cette visite était donné au couvent des Jacobins puisque cet édifice possède une place centrale dans la lutte contre l’hérésie cathare et constitue un haut lieu universitaire de la ville. Ce couvent fut fondé par l’ordre mendiant des Frères Dominicains avec le soutien de l’évêque cistercien Foulques. Le clocher de cette église abritera dès 1229 la cloche de l’Université. 

     Les collèges médiévaux

   Les collèges à Toulouse étaient déjà évoqués dans la lettre papale rédigée par Grégoire IX en 1233. Pourtant le premier collège toulousain établi durablement n’est construit qu’en 1329. A cette époque, il était vivement conseillé à chaque habitant de Toulouse, disposant d’un logement vacant, de le louer aux étudiants venus dans la cité. A leur début, les collèges étaient donc des habitations offrant le gîte et le couvert aux étudiants peu fortunés. C'est à partir de la fin du XVe, début du XVIe siècle que ces installations évoluent et deviennent des établissements d’enseignements où l’on y apprend les Humanitas (la géométrie, l’astronomie, la rhétorique, l’arithmétique ou encore la philosophie.) Les collèges n'étaient cependant pas autorisés à délivrer de diplômes. 

  Les manuscrits étant chers et plutôt rares, de nombreux collèges sont alors créés au XIVe siècle afin d’acheter et de conserver des manuscrits pouvant servir aux étudiants. Ceci entraîne la création de bibliothèques au cœur du centre universitaire de la ville. Une partie du riche fonds Colbert de la BnF provient de la bibliothèque du collège de Foix. Les collèges de Verdale, de Saint-Martial, de Saint-Raymond, de Mirepoix ou encore de Périgord possédaient également une bibliothèque. L’Université fournit donc une clientèle de choix aux enlumineurs.

    L'Université de Toulouse à l'époque moderne: 

  Les années 1540 sont marquées par une vie universitaire tumultueuse. Dans son ouvrage Pantagruel, Rabelais décrit parfaitement l’ambiance universitaire de Toulouse au XVIe siècle: “De là vint à Toulouse, où il apprit fort bien à danser et à jouer de l’épée à deux mains, comme est l’usage des écoliers de ladite Université; mais il n’y demeura guère, quand il vit qu’ils faisaient brûler leurs régents tout vifs.” Il est avéré que plusieurs professeurs eurent été accusés, sur simple dénonciations et sans preuves formelles, d’hérésie au moment où le protestantisme a gagné le Midi de la France. Nous savons également que certains étudiants, se voyant privé de leurs privilèges par le Parlement, sont allés jusqu’à brûler leurs salles de classe en représailles. 

 Malgré tout, l'Université de Toulouse reste un lieu d’enseignement prestigieux notamment pour l’étude du droit civil, alors interdit à l’Université de Paris. Une phrase est souvent mentionnée au sujet de la faculté toulousaine, illustrant l’attrait de la ville et la vision positive qui émanait de son enseignement: “Paris pour voir, Lyon pour avoir, Bordeaux pour dépenser, Toulouse pour apprendre.” L'Université toulousaine est régulièrement surnommée la cité palladienne, démontrant ainsi qu’il s’agit d’une ville de culture, d’enseignement et de savoir. Dans ce contexte favorable, l’enseignement se fait par des humanistes de renom venus de toute l’Europe. Ces derniers contribuent à l’attraction de la faculté de la ville puisque de nombreux étudiants, venant de tout le continent, se rendent à Toulouse pour assister aux cours de droit civil. La faculté toulousaine s’inscrit pleinement dans le tour universitaire que beaucoup d’humanistes, et étudiants, entreprennent à travers l’Europe. Les étudiants, séduit par ce périgrinatio academica, se regroupent en nations. Les quatre plus importantes étant celles des Allemands, des Espagnols, des Français de la Loire et des Aquitains/Gascons. 

     A la fin du XVIe siècle, l’enseignement des collèges va être pris en charge par l’ordre des Jésuites, malgré les contestations des universitaires de la ville. L'année 1681 marque un grand tournant pour les collèges toulousains puisque certains vont être intégrés au système universitaire. 

 

   Il faut remarquer qu’il y a une certaine continuité dans la fonction éducative de la majorité de ces lieux universitaires depuis l’époque médiévale. Bien que toutes les facultés de la ville ne se trouvent plus dans le quartier latin, Saint-Sernin, depuis le Moyen Âge, conserve sa vocation universitaire puisque encore aujourd’hui il abrite l’Université de Droit et du Temps Libre ainsi que plusieurs lycées. Pour exemple, l’hôtel de Bernuy, le collège de Périgord demeurent des lieux de savoir et d’enseignement.

 

    A partir de la Révolution Française: 

  Après avoir été supprimée lors de la Révolution française, l’Université de Toulouse est refondée au XIXe siècle. La faculté de la ville est toujours reconnue comme un lieu d’enseignement majeur, au même titre que la capitale. 

C’est réellement sous le gouvernement de Napoléon Bonaparte que le système éducatif se restructure puisqu’à partir de 1802, ce dernier exige la division de l’enseignement en enseignement primaire, secondaire et supérieur. Des “Écoles impériales” vont alors être mises en place dans l’enseignement supérieur. A Toulouse, celle de Droit ouvre ses portes en novembre 1805. Il faudra attendre 1808, pour que l’École impériale de Médecine et de Chirurgie soit créée. Au XIXe siècle, d’autres instituts et écoles viennent renforcer le caractère éducatif de Toulouse avec la création de l’Institut de Chimie, l’Institut Agricole ou encore l’Ecole vétérinaire inaugurée en 1825. 

    Cette visite dans le quartier latin de Toulouse nous a permis de mettre l’accent sur la vie intellectuelle et universitaire de Toulouse. Si la première impulsion pour la création d’une Université dans la ville est d’ordre religieux, en faveur de la lutte contre l’hérésie cathare, cet aspect théologique reste pourtant peu important en termes d’enseignement. De ce fait, si l’Université est à l’origine placée sous la protection de la royauté et surtout pontificale, elle garde une forte autonomie dans le choix de ses enseignements et de certaines décisions conférant ainsi une certaine liberté aux étudiants et nations. C’est au XIVe siècle que l’Université à Toulouse connaît son plein essor, notamment grâce sa faculté de Droit qui est la deuxième plus importante du Royaume. Les nombreux collèges toulousains sont également à l’origine de l’essor de l’Université. 

  Certains noms de rues de la ville témoignent de l’histoire de l’Université de Toulouse puisqu’ils correspondent à l’implantation de certains lieux d’enseignement. La rue des lois fait directement référence aux salles de la faculté de droit qui y sont installées jusqu’au début du XVIe siècle. Alors que la rue des Arts, longeant l’actuel musée des Augustins, porte ce nom en hommage à l’Ecole impériale des Sciences et 

des Arts qui se trouvait dans une partie du couvent des Augustins à partir de 1804. 

 

   Nous ne pouvions parler de l’histoire de la faculté toulousaine sans évoquer les événements de Mai 68. Toulouse fut la première ville universitaire de province à réagir aux événements parisiens. Le nombre important de ses étudiants, inscrits pour l'année 1967/1968, fut certainement un facteur propice à la rapidité de la mobilisation. Le rapprochement des centres universitaires dans le centre-ville facilita le déclenchement de la contestation: la Faculté des lettres et la Faculté de droit étaient côte à côte, à deux pas de la place du Capitole; le lycée Pierre de Fermat où logent les classes préparatoires aux grandes écoles, ont été de véritables viviers de contestation. C’est dans ce contexte que la césure des facultés de Toulouse a eu lieu. L’Université du Mirail fut construite en 1970.

A la découverte des secrets de la "ville rose" par Jade Orsolle

  La sensibilisation à la diversité du patrimoine toulousain étant le principal objectif de cette visite, Jade Orsolle (diplômée en Histoire de l'Art et actuellement volontaire en Service Civique au sein de l'association) a décidé de livrer certains secrets de sa ville natale par le biais d'anecdotes, de faits historiques et d'analyses plastiques et architecturales.

   Lever les yeux et regarder ce qui nous entoure quotidiennement étaient le leitmotiv de ce parcours !

 

  Toulouse, une ville rose ?

  Si Toulouse est internationalement connue sous le nom de «ville rose», elle n’a pourtant pas toujours eu cette apparence. En effet, la brique a longtemps été considérée comme un matériau de second ordre contrairement à la pierre, matériau noble par excellence. Toulouse ne possédant pas de carrière de pierre, la brique était largement employée dans toutes sortes de constructions. Ce matériau peu noble n’était pas laissé apparent puisqu’il était enduit de blanc, conférant ainsi aux façades de briques l’illusion de la pierre. La place Wilson, tout comme la place du Capitole, étaient entièrement enduites de blanc. Il faut donc imaginer que l’ensemble de la ville avait une toute autre apparence que celle d’aujourd’hui puisqu’elle ne possédait pas du tout la même polychromie.

  L’image de Toulouse comme ville rose est une conception très récente qui trouve son origine au début du XXe siècle puisque c’est à partir des années 1906/1907 que la municipalité fait le choix de valoriser la brique et de donner à Toulouse l’image de ville rose. C’est à partir de ce moment là que les cartes postales et l’ensemble des produits touristiques représentant la ville vont être réalisés sur fond rose.

 

   L'emblématique Rue d’Alsace Lorraine:

   Célèbre rue commerçante de la ville, les toulousain.e.s ont pour habitude de porter leur regard sur les vitrines des boutiques de la rue d’Alsace Lorraine sans prêter attention à la beauté des immeubles qui la constituent.

  Avez-vous remarqué qu’une horloge tout à fait originale trône dans l’oeil de bœuf du bel immeuble haussmannien qui fait l’angle de la rue d’Alsace Lorraine et de la rue Rivals ? Construite en 1895 cette horloge à vingt-quatre chiffres orne la façade d’une banque. Selon deux spécialistes en horlogerie, messieurs Perissas et Hayard, les cadrans de 24h sont très rares et seraient le reflet d’une mode de la fin du XIXe siècle (époque marquée par l’émergence du Capitalisme). Pour Jean-Henri Fabre, enseignant à l’Ecole nationale d'architecture de Toulouse, “la bourgeoisie commerçante [à cette époque] a besoin d’un système de mesure précis. C’est le symbole de la continuité du travail de l’argent qui circule 24 heures sur 24.”(1) D'ailleurs, ne ditons pas souvent que “le temps c’est de l’argent” ?

   Contrairement à cette horloge, la façade de l’immeuble situé au 42 rue d’Alsace Lorraine a l’habitude d’attirer les regards. Créant une véritable rupture visuelle avec le rythme régulier et linéaire des façades haussmanniennes qui l’entourent, ce bâtiment édifié par Léon Jaussely en 1926 abritait l'ancien hall commercial du journal de La Dépêche du Midi. Tout à fait caractéristique du style Art Déco, cette façade d’immeuble entièrement réalisée en mosaïque est rythmée par des ouvertures aux formes variées (polygonales et rectangulaires) et une composition symétrique marquée par une travée centrale saillante à pans coupés. Sur la partie supérieure de la façade, une allégorie de la connaissance et de l’information se dresse sous les traits d'une déesse gréco-romaine entourée de nuées blanches et de rayons lumineux portant le nom des différentes rubriques du journal. Cette façade, inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1997, illustre bien le fait que Toulouse porte d’autres couleurs que celle de la brique.                                                                                       

1. Citation tirée du site internet de l’entreprise Laumaillé qui a été chargée de la restauration de l’horloge en 1985.

  Un ingénieux système d'orientation:

  Composés d'un dédale de nombreuses petites rues entourées de bâtiments patrimoniaux, il est parfois difficile de s'orienter dans les centres-villes anciens. Toulouse, ne fait pas exception à cette règle mais il existe ici une astuce pour se repérer dans les vieilles rues de l'hypercentre. Peut-être avez vous déjà remarqué, en vous baladant, des plaques de rues rectangulaires à angles coupés de couleur jaune et blanche. En 1815, la municipalité instaure un nouveau système d'orientation. Le point de repère de ce système fît débat avant que la Garonne soit finalement choisie. Les plaques jaunes sont alors placées dans les rues parallèles à la Garonne tandis que les blanches se trouvent dans celles qui sont perpendiculaires ou obliques au fleuve. A noter également que les numéros inscrits sur les plaques blanches partent de la Garonne tandis que les jaunes sont numérotées de l’amont vers l’aval avec les impairs à gauche et les pairs à droite.

  C’est la manufacture de faïence Fouque Arnoux, installée près de la place Saint-Sernin, qui a été chargée de confectionner ces fameuses plaques. Ce système tout à fait ingénieux fut abandonné en 1875 et remplacé par des plaques blanches en fonte aux noms de rues écrit en bleu. Le nom des rues indiqué en occitan date seulement de 2002.

 

   Le port de la Daurade:

  Le port de la Daurade a marqué l’histoire de Toulouse. Trait d’union entre le fleuve de la Garonne et le Canal du Midi depuis le Moyen Age, ce port était le lieu où se côtoyaient toutes sortes d’embarcations et différents métiers fluviaux. Célèbre pour sa Vierge Noire réputée miraculeuse, c’est la basilique Notre-Dame de la Daurade qui a donné son nom au quartier. Effectivement, cette église, reconstruite à partir de la fin du XVIIIe siècle, doit son nom à ses splendides mosaïques à feuilles d’or qui lui ont donné le nom de «Deaurata», ce qui signifie «la Dorée», pour finalement devenir la Daurade.

  La Vierge Noire aujourd’hui exposée dans l’église n’étant pas l’originale, la statue médiévale ayant été brûlée lors de la Révolution française, il nous est difficile de connaître l’origine de sa polychromie. Deux hypothèses s’offrent à nous: la première explication étant qu’elle aurait été sculptée dans du bois et la seconde que sa couleur noire serait due à la fumée des cierges. Ce qui est certain c’est qu’elle a noirci au fil des siècles. Effectivement, nous savons qu’au XVe siècle elle était appelée “Vierge Brune” et que c’est à partir du XVIIe siècle qu’elle est devenue la “Vierge Noire”. Peut être avez-vous déjà eu l’occasion de l’admirer à différentes reprises et ainsi pu constater qu’elle ne portait pas la même robe. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle possède plus d’une trentaine de robes qui lui ont été offertes par des fidèles depuis le XVIIIe siècle dont notamment le grand couturier Jean-Charles de Castelbajac. Elle change de robe entre 10 à 15 fois par an. A noter que son dernier changement de robe a exceptionnellement eu lieu en public à l'occasion de la réouverture de l’église après plusieurs mois de restauration (samedi 7 décembre 2019). 

  Suite à des travaux d’embellissement entrepris en 2016, la place de la Daurade est devenue un petit coin de fraîcheur et de verdure très prisé en l’été par les toulousain.e.s. Il est notamment possible de se restaurer et de se désaltérer à la buvette des Pêcheurs de Sable. Il est assez ironique qu’il y soit de nos jours vendu des boissons fraîches puisqu’il s’agissait, à l’origine, d’une morgue. En effet c’était à cet endroit que les corps repêchés dans la Garonne étaient exposés pour permettre aux familles des victimes d’identifier leur dépouille. Un filé d’eau froide coulait sur les corps pour les conserver et permettait également d’éviter les odeurs oppressantes de décomposition.


 

   Vous l’aurez compris, si Toulouse n’a pas toujours été une ville rose, c’est une ville d’une incroyable richesse patrimoniale, avec une histoire ponctuée par de multiples anecdotes.

    Dans notre société archi-connectée, il est regrettable que nous ne prenions que trop rarement le temps de regarder la beauté de ce qui nous entoure, de ce que nous avons quotidiennement sous les yeux: prenez donc le temps !

Les monstres sont parmi nous par Nicolas Coriggio

  La fin du mois d’octobre est toujours synonyme d’un passage d’un monde à un autre : les jours raccourcissent artificiellement, le froid fait sa grande arrivée, et la nuit se fait de plus en plus présente. Un contexte calendaire et climatique idéal pour une visite nocturne dédiée aux monstres du Moyen Âge. C’est à la lueur des lampes torches que Nicolas Coriggio a fait arpenter aux visiteurs le quartier des Carmes qui abrite une curieuse ménagerie. Le parcours s’est déroulé en quatre étapes avec une conclusion qui cherchait à répondre à la question suivante :  au Moyen Âge croyait-on vraiment aux monstres ?

   Introduction au point de rendez-vous (métro des Carmes) : Qui étudie les monstres médiévaux ? Et les monstres dans le midi de la France au Moyen Âge.

   L’étude des monstres médiévaux dans le milieu universitaire a été rendue possible grâce aux travaux de Jacques le Goff qui dans les années 1970 s’est intéressé au domaine du merveilleux dans les mentalités médiévales. De nos jours les travaux de Claude Lecouteux font autorité.

   Dans le midi de la France le monstre le plus connu au bas Moyen Âge est la tarasque. C’est un monstre aquatique terrifiant qui vit dans les marais du Rhône non loin de Tarascon. Jacques de Voragine (1228-1298) l’évoque dans sa célèbre légende Dorée. Toujours au treizième siècle, mais au début cette fois-ci, Gervais de Tilbury nous rapporte de nombreuses légendes dans son livre des merveilles qu’il a collecté dans le sud de la France. Il est considéré comme un des premiers folkloristes occidentaux et ses écrits sont de précieux témoignages sur le merveilleux populaire. Mentionnons ces légendes du lac infernal au sommet du Canigou ou des dracs (monstres aquatiques prenant l’apparence d’humains) de Beaucaire.

    Deux monstruosités toulousaines sont connues à la toute fin de la période médiévale : la reine Pédauque et l’enfant monstrueux d’Angèle de la Barthe. La première est une reine wisigothe atteinte d’une lèpre monstrueuse qui la rendait horrible à voir, c’est en tout ce que raconte Nicolas Bertrand en 1515 dans son "de Tolosanorurn Gestis". La seconde créature est une progéniture démoniaque sortie du ventre d’une certaine Angèle de la Barthe. C’est en tout cas ce que prétend au XVe siècle le chroniqueur Bardin. Il évoque un nourrisson à tête de loup et à queue de serpent, qui ne se nourrit que de jeunes bébés tués par sa mère ou déterrés dans les cimetières toulousains.

    Première étape : le jardin des gargouilles.

  Dans le square de la Dalbade on peut voir déposées deux gargouilles. Ce sont des moulages issues de la collection du musée des Augustins. Elles proviennent de l’ancienne église des Cordeliers et ont été réalisées entre 1260 et 1320. La première est à visage de chien et la seconde se présente sous la forme d’un dragon aux ailes membraneuses. Les gargouilles sont des gardiennes des lieux saints comme le confirme un exemplum du XIIIe siècle d’Etienne de Bourbon.

    Seconde étape : la maison aux chiméres

   Elle se situe rue Croix-Baragnon et demeure plus connue sous l’appellation de maison romano-gothique. Elle date du début du IVe siècle. Sa modénature alterne brique et frises moulurées. Le décor de ces corniches est d’une impressionnante richesse. On y voit tantôt des centaures chassant des créatures du monde réel, tantôt des harpies ou des hybrides en tout genre. Stylistiquement, ce bestiaire minéral s’inspire des créatures chimériques des drôleries qui ornaient les marges des manuscrits de l’époque.  →

   Troisième étape : la maison du diable.

   Elle se trouve à l’entrée de la rue Ozenne, au numéro 3. Il s’agit en fait d’une construction « récente » car néo-gothique, mais elle inclut un chapiteau orné d’un diable aux canons esthétiques assez fidèles aux diables médiévaux. Si vous désirez voir un vrai démon médiéval dans Toulouse, il faut se rendre à la porte des Comptes de la Basilique de Saint-Sernin où les chapiteaux romans des années 1080 donnent à voir ces créatures diaboliques. Le diable au Moyen Âge est omniprésent, le moine bourguignon Raoul Glaber prétend l’avoir vu durant une nuit. Il le décrit de manière archétypale : un être petit, poilu, aux cheveux hirsutes. Mais le diable peut parfois aussi prendre l’apparence d’un ange…

   Dans le sud de la France le diable le plus connu au Moyen Âge est celui du pont du diable de Saint-Guilhem-le-Désert. Sa légende est racontée dans la chanson de Guillaume d’Orange qui était très populaire durant l’époque romane. Il faut savoir que de nombreux ponts de la région se revendiquent à tort comme des ponts du diable. Pensons notamment à celui de Cahors ou de Montoulieu en Ariège. Ce sont des inventions narratives du XIXe siècle destinées à attirer et tromper les touristes en quête de sensationnel.

    Quatrième étape : l’hôtel Dahus de la rue Ozenne.

   Cet hôtel particulier a été construit à partir de 1470. On peut y voir à son sommet un bel ensemble de gargouilles. Mais c’est sa forme de Donjon qui nous intéresse car elle évoque celle d’un château hanté. Dans la région, une histoire d’esprit frappeur (ou poltergeist)  nous a été narrée par le chroniqueur Jean Froissart lorsque celui-ci rendit visite à Gaston Phébus en 1388. La cour itinérante du prince fit étape au château de Coarraze

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Visite de l'exposition "Va dans ta chambre !"

par Pauline Mayol

     Étudiante en licence III “Marché de l’art” à l’Université Toulouse Jean Jaurès II et stagiaire en médiation culturelle à la Fondation Espace Écureuil pour l’art contemporain pour une durée de 6 mois, j’ai proposé aux membres de l’association d’organiser une visite de l’exposition en cours “Va dans ta chambre”. La visite s’est déroulée un samedi matin, le 30 mars 2019.

 

     La Fondation Espace Écureuil pour l’art contemporain existe depuis le début des années 1990 et est mécénée en totalité par la Caisse d’Épargne Midi-Pyrénées. Elle propose chaque année quatre à cinq expositions gratuites d’art contemporain dans ses locaux de la place du Capitole.

     En 2016, Sylvie Corroler-Talairach, directrice artistique de la Fondation, découvre l’exposition de l’artiste et réalisatrice Dominique Gonzalez-Foerster au Centre Georges Pompidou à Paris. Lors de cette visite, Sylvie Corroler-Talairach sera interpellée par une phrase de l’artiste disant que nous sommes toutes et tous, au moins une fois dans notre vie, commissaire d’exposition. Dominique Gonzalez-Foerster expliquait que durant notre adolescence, nous aménageons notre chambre, notre espace intime, comme un.e commissaire d’exposition en herbe. C’est en partie en réponse à cette intuition que Sylvie Corroler va organiser l’exposition “Va dans ta chambre” qui s’est déroulée du 6 janvier au 27 avril 2019. La Fondation est alors découpée en plusieurs espaces, dix précisément. Huit de ces chambres vont être pensées et conçues par des actrices et acteurs du monde culturel toulousain. Ces huit personnes sont Mariette Escalier (médiatrice culturelle), Valérie Mréjen (réalisatrice et écrivaine), Galin Stoev (directeur du théâtre de la Cité et metteur en scène), Pauline Hisbacq (photographe), Jérôme Carrié (commissaire d’exposition), Patricia Combacal (plasticienne et photographe), Laurent Mauvignier (écrivain), Karine Mathieu (commissaire d’exposition) et Christian Bernard (commissaire d’exposition et directeur du Printemps de septembre). La chambre de Mariette Escalier laissera sa place à celle d’un couple de psychiatres Rennais, Patoumi et William Josh Beck, à la mi-mars jusqu’à la fin de l’exposition. Les deux chambres restantes sont proposées au public et renaissent tous les quinze jours. Les personnes intéressées pouvaient proposer un projet de chambre à l’équipe de la Fondation et, si l’idée était retenue, la chambre voyait le jour, soit en vitrine, soit au rez-de-chaussée. Nous avons pu découvrir des chambres d’une grande diversité et d’une grande originalité (toutes ces différentes chambres sont visibles en totalité sur le site de la Fondation Espace Écureuil). Les interviews des différent.e.s participant.e.s réalisées par François Talairach peuvent aussi être visionnées sur le site de la Fondation.            →

   Durant cette exposition de nombreux outils de médiation (textes, frises, outil de médiation jeunesse ludique…) ont vu le jour grâce à la médiatrice culturelle Marion Viollet que j’ai pu seconder en partie. L’important travail lié à l’exposition pédagogique et aux visites d’élèves est réalisé grâce à Julie Laurent l’assistante de direction et chargée des publics. Le collectif toulousain “1 Group” a donné à voir, à entendre, des lectures immersives dans les chambres, intégrant une nouvelle fois le public aux divers espaces. Les bibliothécaires de l’Espace jeunesse Duranti ont sélectionné des ouvrages en lien avec la chambre pour proposer une lecture aux enfants de chambre en chambre. L’exposition a donc pu prendre vie différemment grâce aux diverses interventions et intervenant.e.s de la Fondation ou d’ailleurs.       

       Ainsi l’espace écureuil nous offre une exposition émouvante et plurielle, mêlant divers espaces, diverses vies et souvenirs. Dans cette exposition, chacun.e peut se retrouver dans une chambre ou dans l’autre. Les médiums sont variés, allant de la photographie, au film ou au reportage. Dans ces espaces, nous pouvons ainsi découvrir une plage ou une boîte de nuit, mais aussi un lit infernal ou encore des tiroirs remplis de souvenirs. Ici, ce ne sont plus des œuvres (exception faite pour la chambre de Christian Bernard présentant l’œuvre de l’artiste Sarkis) qui sont offertes à voir, mais bien des espaces, des installations. L’exposition a connu un grand succès et la Fondation aura accueilli près de 9 000 visiteurs et visiteuses. 

 

     A “Va dans ta chambre” succède à partir du 16 mai 2019 “Chambres avec vues”, présentant les travaux de 79 classes toulousaines. 2 700 élèves ont pu visiter l’exposition et travailler dessus avec leurs enseignant.e.s. Dans le cadre de cette exposition pédagogique, la Fondation accueillera les productions des niveaux collèges et lycées. La chapelle de l’ancien couvent des Cordeliers (13 rue des Lois) sera, elle, dédiée aux classes supérieures et les tout-petits verront leurs productions exposées à la Maison des Associations (métro Empalot). Le Vernissage aura lieu le mercredi 15 mai 2019 à 16h30 à la chapelle des Cordeliers et à 18h00 à la Fondation Espace Écureuil.

 

       Pour visualiser toutes les chambres ainsi que les interviews des différent.e.s participant.e.s à l’exposition “Va dans ta chambre” mais aussi pour découvrir les expositions à venir n’hésitez pas à aller jeter un œil sur le site de la Fondation:

La place de la Femme dans la sculpture toulousaine

par Audrey Palacin

    A partir du XIXe siècle, les femmes commencent à occuper une place de premier plan sur la scène artistique : elles ne sont plus seulement créatures mais aussi créatrices. Pourtant dans l’art encore très majoritairement masculin, les femmes sont fabriquées par des préceptes religieux, à travers des allégories ou des figures issues la mythologie. En effet, la mythologie offrait aux artistes plus de liberté que la religion, la sensualité pouvait s’y réfugier sans risquer la censure. A Toulouse, la femme s’inscrit dans l’espace public sous différentes formes, mais elle reste encore imaginaire : c'est une idole qui fascine toujours. Cette idole, façonnée par la main de l’homme est silencieuse. Balzac l’a d'ailleurs décrite comme “une esclave qu'il faut savoir mettre sur un trône”. Madone, séductrice, muse, tels sont les trois archétypes féminins qui reflètent un idéal de beauté. Ici, nous allons revenir sur les deux plus grandes œuvres abordées lors de cette visite : la façade de l’école des Beaux-Arts et la Victoire du Monument aux combattants de la Haute-Garonne.          

   Le programme sculpté de l’école des Beaux-Arts de Toulouse montre une ampleur sans équivalent local à la fin du XIXe siècle. Cette préférence accordée aux arts peut s’expliquer en partie par l’importance de l’école toulousain dans l’art national à cette date. La façade présente quatre allégories de la Peinture, la Gravure, la Sculpture et l’Architecture. Ici, chacune est composée d'une figure nue ou drapée. Cependant, la technique maladroite et le manque d’harmonie a été grandement critiquée. Le reproche principal a surtout été sur basée sur la nudité des corps considérée comme un déshabillé qui s’étale avec une accentuation des contours voluptueux, une attitude provocante et une effronterie sans excuse. Peut-être moins idéalisées qu’habituellement, les caractéristiques de ces allégories étaient plus humaines que divines. Ici, les sculpteurs se sont, volontairement ou pas, détachés de l’idéal classique. Les critiques ne sont pas sans rappeler les mots péjoratifs de Baudelaire lorsqu’il a écrit : “Il y a quelques jours, tu étais une divinité [...] Te voilà femme maintenant…”. 

 Symboliquement, dans toute l’Europe, la statuaire des monuments aux morts remet chaque sexe à sa place. Des femmes, il n’est question que d’allégorie, et dans la majorité des cas celle de la Victoire. Les artistes taisaient alors la mobilisation

des femmes durant la guerre de 14-18. La Victoire du Monument aux combattants de la Haute-Garonne, réalisée par Camille Raynaud, n'est pas du tout représentée comme la figure traditionnelle de la Victoire, souvent plutôt sous les traits d'une femme idéalisée. Ici, elle est épuisée par quatre années de guerre. Son visage, miroir de l’âme, exprime des orages intérieurs. Ce choix de montrer, à travers cette image féminine, la dure réalité de la guerre a suscité une réprobation unanime, jugeant l’allégorie indigne de traduire les intérêts moraux des victimes de la guerre. A la différence, certains défendaient ce haut-relief, la décrivant comme symbolisant bien la victoire laborieuse et fatiguée après le traité de Versailles. Raynaud lui-même était “convaincu d'avoir fait une œuvre de tout premier ordre, parfaitement remarquable qui se comprendrait avec le recul du temps”.

    Au terme de cette visite nous avons pu vérifier qu’au sein des XIXe et XXe siècles, la représentation de la femme connue des moments très divers dans la vie artistique de la ville. Même si certains artistes se démarquent par leurs choix esthétiques, la muse demeurait dans la majorité des cas ce qu’elle était auparavant : une figure allégorique, divine, mythologique, autrement dit l’incarnation d'une idée plutôt qu’une personne spécifique. 

Des verrières à la fonte toulousaine, épousailles de talents pour un chef d'oeuvre par Nicole Latge

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   Nicole a proposé un petit voyage dans le temps (XIIe au XVIe siècle) à la rencontre d'artistes toulousains hors du commun, et a livré en grand secret leurs diaboliques recettes! 

   La gare de départ, c’était rue de la Pomme: dans cette rue, la rue des Imagiers, régnait une activité intense et colorée – on y fabriquait des images.  Le petit voyage, coloré et animé par le seul verbe, établit une comparaison entre les arts mécaniques considérés comme inférieurs et les arts libéraux en pleine expansion dispensés par le clergé au Quartier Latin, près de la vénérable abbatiale Saint-Sernin.                                                   

   La première escale, c’était la cathédrale Saint-Etienne, le musée des verrières ! Il nous raconte la croyance des fidèles dans un Moyen-Âge en pleine effervescence artistique et où Dieu est au centre de la vie de l’homme. Le discours dans le jardin a pu camper le rideau de scène de la merveilleuse histoire des verriers toulousains afin d’aller à la rencontre de ces artisans-artistes à travers l’histoire du verre, et reconnaître ainsi ces verrières comme des œuvre d’art au même titre qu’un objet précieux. Ainsi, prendre toute la mesure du talent toulousain, du courage et de la pugnacité de nos artisans-artistes en quête de reconnaissance fut l’image à garder de cette escale.                     

   La deuxième escale fut le Griffoul de Saint-Etienne qui a permis d’aller à la rencontre d’artistes dont, leurs talents conjugués ont permis d’accéder, enfin, à une reconnaissance.                             

   La troisième escale, c’était le musée des Augustins où une belle dame – Dame Tholose - aux côtés d’un jeune-homme, beau comme un Dieu … - Mercure – a permis d’assister à des épousailles de talents toulousains : le binôme Jean de Rancy et Claude Pellot ayant donné naissance à un véritable manifeste, supplantant les artistes italiens. Dame Tholose doit sa remarquable longévité aux fondeurs de l’arsenal toulousain !       

 

  Et la gare d'arrivée, c'était devant l’hôtel d’Assézat, où un heurtoir du XVIe, fondu à l’arsenal, méritait qu’on aille jusqu’à lui ! Vous qui passez sans me voir, Sans même me dire bonsoir…  Cette dernière escale comme une cerise sur le gâteau aura permis, espérons-le, de voir qu’à l’hôtel d’Assezat, le petit mobilier est tout aussi précieux que la brique et la pierre, et est aussi la signature d’autres talents bien toulousains.

 

   Ce petit voyage dans notre cité, au cœur d'un foyer artistique bouillonnant, a fait découvrir une facette, sans doute insoupçonnée pour nos adhérents, d’œuvres et chefs d’œuvres qui sont le fruit de l’alliance de plusieurs artistes, et nous a conté une page de notre histoire d’homme.

Musée des Rues - Le Street Art toulousain par Morgane Chavarria

   Sûrement le mouvement artistique le plus en vogue de notre siècle, à la fois contestataire et populaire, sauvage et utilisé à tout va, le Street Art continue d’interroger, d’intriguer mais surtout de rassembler des néophytes et spécialistes de tout horizons. Toulouse n’échappe pas à cette vague de couleurs et de formes qui redéfinissent les multiples surfaces de la ville rose.

 

   Déjà pour les Journées Européennes du Patrimoine 2018, le graffiti était à l’honneur lors de la visite du quartier « old school » Arnaud Bernard, berceau du graffiti illégal au centre de la ville qui vit l’arrivée de Mosquito et de la Truskool. Pour cette nouvelle édition du Musée des rues, c’est la zone du Zénith et de la Cartoucherie qui a attiré notre regard.

 

   Sur les bords de la ligne de tramway, entre l’arrêt Zénith et Cartoucherie, lors d’un événement du 2 mars 2017 organisé par la MAPCU (Mouvement Associatif Pour les Cultures Urbaines), une Galerie à ciel ouvert a redonné vie à un béton gris. Des graffeurs réputés de la ville rose et d’ailleurs (Paris par exemple) sont venus créer: Snake, Big Daddy Moun, Rekor, Aélé ou encore Zesey.

 

   Mais en 2018, certaines œuvres sont recouvertes pour les 20 ans de la boutique South Painters, pionniers de la vente d’aérosols et de peintures spécialisées pour le graff. C’est un style old school, rappelant le « wildstyle » ou encore le « throw up » du graffiti new yorkais des années 80-90, avec des aplats de couleurs, des effets de lumière, le tout dans un style kitsch et flashy. Cet hommage aux bases de la discipline est contrasté d’œuvres à la limites du surréalisme, témoins d’un street art moderne qui met en avant le dessin et l’humour.    

 

   La visite ne s’est pas limitée au graffiti car le deuxième spot n’est autre que le lieu d’exposition de Street Art le plus actif sur Toulouse: Les halles de la Cartoucherie. L’exposition «The Bullet Factory», organisée par l'association Cis'Art, joue sur le thème de la munition, en effet, comme le nom du lieu le laisse deviner, ces halles étaient auparavant une fabrique de cartouches. Les artistes y interprètent ici ce thème en passant par une approche humoristique, religieuse, guerrière voire écologique. Des mises en scène pensées par les artistes utilisent peinture, sculpture et collage, montrant à nouveau l’inventivité et la technique sans limites du Street Art.

A la découverte du quartier Palais de Justice par Elia Tasselli-Faurie

   Quartier quelque peu en dehors du centre-ville historique de Toulouse, le quartier de Palais de Justice est un espace peu visité. Mirabili’Art, qui jusqu’à lors s’est beaucoup consacrée au centre-ville historique de la ville, décide d’étendre son égide cette année pour vous faire découvrir des lieux plus discrets au sein du patrimoine toulousain. Cette visite découverte du mois de novembre s’inscrivait dans cette idée de dénicher de nouveaux lieux à découvrir ou redécouvrir.

   «Palais de Justice», quartier renommé ainsi d’après sa station de métro, se situe sur la zone de Saint Michel, au sud du centre de la ville, autours du carrefour de l’ancienne porte Narbonnaise. Ce quartier est traversé par les grandes Allées Jules Guesde, autours desquelles sont disséminées quelques monuments remarquables. Il s’agit en réalité d’un rassemblement de monuments hétéroclites mais néanmoins liés, puisque l’on retrouve à la fois des lieux de pouvoir et de savoir, et de ce fait d’art. 

 

   La Fontaine Ariège et Garonne

  Petit bijoux sculpté planté à l’entrée de la bouche de métro, la fontaine Ariège et Garonne est un vestige de l’art qui ornait autrefois le jardin des plantes. L’artiste Alexandre Laporte sculpte en 1896 un magnifique groupe statuaire de 6 mètres de haut représentant une métaphore de l’Ariège se jetant dans la Garonne. Ce sculpteur toulousain s’inscrit pleinement dans le patrimoine de la ville, puisqu’il est à l’origine de sculpture dans la salle des Illustres, une des plus belles salles du Capitole. Cette œuvre d’art est annonciatrice du patrimoine riche qui s’articule dans les alentours. 

 

    L’Eglise paroissiale de Saint Exupère

   A l’origine rattaché au couvent des Carmes installés à Toulouse depuis 1622, cette église au plan simple et à l’architecture sobre dispose d’un décor baroque somptueux en son intérieur. L’architecte de cet édifice n’est autre que Jacques-Pascal Virebent, grand acteur dans l’édification architecturale toulousaine. Au XVIIIe siècle, le couvent des Carmes représente un domaine absolument considérable, comprenant l’église, le Muséum d’histoire naturelle, le théâtre et le jardin des plantes. Mais durant la Révolution française le domaine est morcelé: l’église ne sera rendue au culte qu’en 1806, perdant son nom initial de Saint Joseph, et prenant le nouveau vocable de «Saint Exupère». C’est la première fois qu’un lieu de culte est consacré à ce saint, 5e évêque de Toulouse qui défendra la ville contre les vandales, Saint Exupère est aussi celui qui est connu pour avoir élevé la première église de Saint Sernin et y avoir transféré les ossements du saint. En ce qui concerne l’architecture intérieure de ce bâtiment, le peintre italien Ceroni réalise les peintures de la voûte du Chœur en 1838, et un orgue réalisé par la maison Puget et fils est installé en 1885 au-dessus de la tribune à l’entrée de l’église.

   

   Mémo+ : Les familles des Ceroni et des Pedoya sont des familles de peintres itinérants du XIXe siècle qui ont décoré de nombreuses églises à Toulouse et dans sa région avoisinante, notamment dans le département du Tarn. Considérés comme des «peintres barbouilleurs», leur travail a longtemps été déconsidéré, s’inspirant pourtant des peintures somptueuses et monumentales de la cathédrale d’Albi réalisées par des peintres italiens au XVIe siècle. Leurs œuvres sont maintenant reconsidérées, et cela notamment grâce au travail de recherche de Madame Sophie Duhem sur les Pedoya mené à l’Université Toulouse Jean Jaurès, et celui de Camille David dans son travail de master sur les Ceroni.                                                                                                 

 

    Le Cyclope

  Ce géant de bronze de 4 mètres de haut, observe de son œil unique les allées Jules Guesde, masse imposante au milieu des passants. Cette œuvre de l’artiste britannique Thomas Housego, un artiste contemporain très en vogue, est implanté sur un socle monumental entre le théâtre Sorano et le Muséum d’Histoire Naturelle. Adepte des productions monumentales aux formes et aux postures inattendues, Housego crée des personnages puissants et expressifs qui dégagent une énergie primale, révélant leur texture et le processus créatif adopté. Cette œuvre initialement placée dans la cour de la DRAC pour le festival du printemps de septembre en 2011, il a été acheté par Tisséo pour agrémenter la ligne de Tram.

 

  Le Théâtre Sorano

  Ce bâtiment datant de 1837 construit par l’architecte Urbain Vitry dispose d’une entrée monumentale composée d’un portique en pierre qui se détache aujourd’hui de la façade en briques: à l’origine un enduit recouvrait l’édifice afin de l’uniformiser. En 1830 la municipalité décide d’établir l’Ecole de médecine dans l’ancien couvent des Carmes déchaussés: cet amphithéâtre sera le lieu de conférences et d’études de la faculté, puis deviendra quelques années après l’auditorium du Museum d’Histoire Naturelle. Le théâtre Sorano en lui-même est créé en 1964 par Maurice Sarrazin, en hommage à Daniel Sorano célèbre acteur toulousain. 

  Le Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse

  Abritant une collection de plus de deux millions et demi de pièces sur une superficie de 6000m², c’est le deuxième plus grand de France après celui de Paris. En 1796 le naturaliste Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse obtient du département les anciens locaux des Carmes déchaussés. Il y installe le jardin botanique et les collections des sciences naturelles de l’Académie des Sciences, Inscription et Belle-Lettres. 1865 sonne la création du Muséum par Edouard Filhol qui en devient le premier directeur. Le Museum de Toulouse est notamment le premier à disposer d’une galerie de la Préhistoire, dites «galerie des cavernes», grâce entre-autre à Emile Cartailhac qui lègue son nom à la bibliothèque actuelle.

 

    Le Jardin des plantes

  Cet ancien jardin des plantes en conserve seulement le nom aujourd’hui. Il fait partie d’un ensemble de trois jardins, avec le Boulingrin et le Jardin royal. D’une superficie de 7 hectares, le jardin des plantes se transforme et devient jardin public après l’exposition internationale. Petite anecdote: le jardin accueille en son sein des animaux jusqu’en 1976. 

 

   L’ancienne faculté de médecine

  Toulouse était déjà une ville réputée pour ses écoles et son intellectualité sous les Romains dès le Ier siècle. Elle portait le nom de «Palladrienne», d’après la déesse Pallas, déesse des lettres et des arts. Le traité de Meaux édicté au XIIe siècle attribue à Toulouse un enseignement officiel de la médecine. Ainsi à partir de là se développe tout un enseignement de la médecine à Toulouse au fil des siècles et des contextes historico-politiques. C’est au XIXe siècle que la Faculté de Médecine et de Pharmacie émigre au sein du bâtiment des Allées Jules Guesde. Il est inauguré en 1891 par Jean Jaurès et Sadi Carnot, deux personnages prestigieux.

 

   Le quai des savoirs

  Ce bâtiment récemment remis à neuf est l’ancien bâtiment de la Faculté des Sciences. Réservoir d’activité multiformes, le quai des Savoirs dévoile les dernières avancées technologiques, auprès du public, y compris les plus jeunes. Ce lieu redonne vie au patrimoine scientifique et à l’ancien quartier des Sciences, en respectant le patrimoine bâti tout en affirmant l’intervention contemporaine. 

 

   Le Palais Niel

  Dans un tout autre registre ce magnifique palais construit entre 1863 et 1868 par le Maréchal Niel est une pépite du patrimoine bâti du XIXe siècle. Aujourd’hui quartier général du commandement de la 11e brigade parachutiste, il s’agit d’une des plus prestigieuses demeures construites à Toulouse au XIXe siècle. Sous le Second Empire il est décidé d’organiser les grands commandements et de placer à leur tête un grand maréchal de France. A Toulouse, c’est le chef de l’armée régionale du sud qui élit résidence. Au départ logé dans l’hôtel Duranti, ce bâtiment est très vite jugé insuffisant et le besoin d’une installation plus prestigieuse se fait ressentir. On fait donc construire un palais monumental, édifié selon diverses influences architecturales. Ce palais ne sera cependant jamais occupé par le Maréchal, puisqu’il devient entre temps Ministre de la Guerre.

 

   Le Grand rond et ses statues

  Ce jardin appelé aussi Boulingrin, tire son nom de l’expression « bowling-green » en référence aux pelouses sur lesquelles les Toulousains venaient jouer au jeu de boules. Il est baptisé «grand rond» après une course hippique le 29 juillet 1830, mais a porté différente dénomination, comme celle de Cercle sans Culottides sous la Révolution française. Ce jardin mis en place entre 1752 et 1754 est issu d’un grand projet d’urbanisme lancé par Louis de Mondran dans les années 1750. Ce jardin est agrémenté de plusieurs statues, en général des copies, et une fontaine en son centre, dont les gerbes d’eau reproduisent celle du Palais royal à Paris. Les sculptures sont au nombre de cinq. Deux en particuliers ont retenu notre attention lors de la visite: il s’agit du groupe sculpté de la chienne et du loup.

   Ces deux statues qui se font face à l'entrée nord du Grand Rond datant du troisième quart du XIXe siècle. Cette chienne et ce loup réalisés par Pierre-Louis Rouillard sont acquis en 1865 pour agrémenter le jardin. Rouillard est un sculpteur connu pour avoir produit des œuvres animalières assez monumentales, et il a notamment été sculpteur pour le Museum d’Histoire Naturelle de Paris : cela fait écho bien entendu au Museum d’histoire Naturelle vers lequel on se dirige lorsque l’on traverse le Grand rond depuis l’entrée nord. La chienne accueille de manière menaçante le promeneur, gueule grande ouverte malgré le port d’un collier. Elle allaite ses petits, reliée à une chaîne ce qui renforce son aspect menaçant. Le loup quant à lui vient de lui enlever un de ses petits, il le retient avec sa patte et montre les babines à la chienne. Son poil est hérissé et ébouriffé. Selon la tradition toulousaine, certains disent qu’il s’agit là d’un symbole de la lutte de l’Alsace et la Lorraine contre l’ennemi représenté sous la forme du loup.

   Ce quartier de Palais de Justice se présente donc comme une sorte de stratification du patrimoine, avec une succession d’édifices de périodes et d’influences diverses. Bien que les bâtiments soient divers, avec fonctions variées et issu d’époques de construction différentes, on ressent tout de même une volonté d’harmonisation à travers une architecture de pierres blanches, bien souvent massive et puissante. Ce quartier est également un lieu d’importance, où s’articulent des édifices s’érigeant comme lieu de savoir et de pouvoir. C’est en effet le visage d’une ville riche et puissante qui est présenté dans ce quartier de Toulouse, tant en termes de richesse matérielle, qu’intellectuelle et politique.

Maison de Dieu, Maison des Hommes

par Nicolas Coriggio

   En ce samedi matin d’automne Mirabili'art (aujourd'hui l'association Contrast) proposait une visite particulière du quartier Saint-Étienne et du jardin des Plantes autour du thème de l’interdépendance qui existait au moyen-âge entre l’habitat urbain civil et sacré. En effet si les fonctions des lieux différeraient, les solutions d’aménagement obéissaient à un vocabulaire architectural commun. Ainsi la cathédrale Saint-Étienne se voit dotée d’un clocher aux allures de donjon de château fort et les maisons du Toulouse médiévales se voient ajourées de baies directement inspirées par les remplages des églises.

   Durant notre parcours nous avons visité les endroits suivants:

- La fontaine de la place Saint-Étienne

- Les différentes parties intérieures et extérieures de la Cathédrale

- Le plafond peint de la 7 Place Saint-Étienne

- La maison romane de la rue croix Baragnon.

- Les ruines du «moulin» du château Narbonnais au jardin des plantes.

  La fontaine de la place Saint-Étienne: la vasque qui purifiait du péché transformée en abreuvoir.

  Les échanges architecturaux entre l’église et l’habitat urbain sont incessants tout au long du moyen-âge: commençons ici avec en guise d’exemple cette fontaine de la place Saint-Étienne. En effet celle-ci à la fin du XVIe siècle remployait la vasque de la fontaine du cloître de la cathédrale faite en marbre de Saint-Béat. L’eau sacrée des ablutions devient ainsi l’eau quotidienne de tout un chacun. A la fin du XVIe siècle cette fontaine comprenait une série de mannequin pisse qui urinaient une eau puisée depuis le parc du Caousou.

 

   La Cathédrale Saint-Étienne, une succession de chantiers:

  Avant de devenir une enclave ecclésiastique, il s’y trouvait dans l’antiquité un temple païen reconverti par la suite en un site paléochrétien où officiait certainement Saint-Sernin qui subit le martyre vers 250. Au tout début du moyen-âge, c’est une église jouxtée par une carrière d’argile. Au fil du temps le lieu va se développer.

   De la première église nous disposons de témoignages écrits et de rares fragments archéologiques: on sait qu’une église dédiée à Saint-Jacques jumelée à une église dédiée au martyr Étienne existait du temps de Charles le Chauve (il la mentionne dans une charte de l’an 844). Trois siècles après, à l'époque de la réforme grégorienne, en 1078, l'évêque Isarn reconstruisit une nouvelle église située sur l'emplacement de la nef actuelle. On lui doit ce texte moralisateur, qui évoque avant tout une ruine symbolique des lieux: «Il existe en effet dans cette cité, de par la volonté de Dieu, sans laquelle nulle feuille ne tombe de l’arbre, une église illustrée par les souvenirs du premier martyr Étienne, livrée par le mandat pastoral à ma faiblesse. Autrefois, embellie par l’éclat étincelant et varié des lambris et des murs, parée des ornements splendides de la mense du Seigneur, regorgeant de larges ressources fournies par ses domaines et des revenus abondants des cens, elle surpassait les églises voisines par la foule qu’elle attirait, si bien qu’elle était appelée comme d’un commun accord leur première mère et demeure. Mais aujourd’hui ô douleur à cause de l’incurie des défunts, elle a presque entièrement été dépouillée de la gloire d’une si éminente dignité; elle a été précipitée dans une misère si grande, et tellement privée de ses enfants qu’on déplore non seulement la ruine ancienne de la plus grande partie de ses murailles, mais aussi si je ne me trompe, que la pratique du culte divin soit sortie de la mémoire du clergé tout entier.» Texte rapporté par Quitterie Cazes dans son ouvrage Le quartier canonial de la Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. p.77      Il reconstruit donc une nouvelle église par dessus la première, on sait que cette église d’aspect romane avait deux tours à son entrée (un peu comme à Conques). On voit dans les arcades quelques restes de chapiteaux romans. Mais le chantier le plus impressionnant par sa richesse ornementale se trouve ailleurs: il s’agit du cloître. Il était connecté, selon le vœu d’Isarn, à divers bâtiments: c’est Le quartier canonial. Il se trouvait derrière le cloître, côté rue. Il y a avait là une salle capitulaire, un réfectoire, une cuisine, une boulangerie et un cellier. Ces bâtiments on été construits vers 1140. Au fur et à mesure le désir de confort gagne les hommes d’Église: en 1281 on ne dort plus ensemble dans les dortoirs mais dans des maisons individuelles.

   Le cloître à proprement parler, a disparu, il se trouvait dans la cour qui jouxte la façade sud de la Cathédrale. Il a été démantelé au début du XIXe siècle, on peut néanmoins encore voir un certain nombre de chapiteaux historiés au Musée des Augustins.

    Les sculptures du cloître disparu: vers 1120-1140:

   On les doit à un certain Gilabertus. Son style se caractérise par une économie de mouvements, une grande attention est portée au vêtement finement ciselé. On remarque des similitudes avec les sculptures de l’atelier de Saint-Sernin. L’atelier de Gilabertus sculptera une danse de la Salomé très sensuelle. Au XIXe siècle l’église de Launaguet se dote d’un portail censé reproduire celui du cloître disparu.

 

    La nef Raymondine, l’œuvre d’un ancien troubadour:

   La cathédrale fut très largement reconstruite sous la direction de l’évêque Foulque. Cet ancien troubadour devenu cistercien avait trouvé à son arrivée à Toulouse, une situation spirituelle compliquée et des ressources matérielles totalement désorganisées. Il décide de détruire la partie romane, et d’ériger une nef dans le pur style gothique méridional. Elle est commencée vers 1206-1210 et terminée vers 1250. Son apparence austère peut s’expliquer par le passé de cistercien de Foulques.               

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    La cathédrale de Bertrand de l’Isle Jourdain:

   A la fin du XIIIe siècle, on se lance dans le chantier pharaonique de la nouvelle cathédrale de Narbonne. C’est sous cette impulsion que l’évêque de Toulouse va dés 1275 élever un projet ambitieux d’édifice. Il tient à ce que le chœur soit bâti en pierre. Il commence par la «tête» de l’église, c’est un projet inachevé d’où l’aspect désaxé de la cathédrale. Il avait visiblement prévu de détruire la nef Raymondine. Si cette dernière était voûtée, la partie de Bertrand de l’Isle Jourdain était à découvert. On la recouvrit d’une toiture en bois provisoire qui prit feu en 1609.                                

Les maisons Toulousaines du moyen-âge: inspirées par les décors du monde chrétien:

 

   Le plafond peint de la 7 place Saint-Étienne:

  Il s’agit d’un pastiche réalisé par la peintre Renée Aspe (1922-1969). L’artiste a reproduit le plafond du XVIIIe siècle de l’abbaye Notre Dame du Bout du Pont à La Bastide de Besplas (09). Ce genre de plafond par son vocabulaire iconographique (motifs végétaux, grotesques, angelots…) reprend celui qui avait cours durant tout le bas moyen-âge dans les maisons et châteaux du sud de la France.

 

  La maison romane de la rue Croix-Baragnon: un lieu aux fonctions séparées:

   Cette habitation du XIVe siècle est bâtie sur deux niveaux. Le premier était destiné à une fonction de négoce et le second était constitué des parties privatives. Il se peut que cette habitation soit une maison construite par des nobles qui louaient le rez-de-chaussée à des marchands (comme c’était le cas à Cordes-sur-Ciel). Au XIVe siècle Toulouse est une ville où se pratique le commerce des épices venues de Catalogne (safran, riz, coton), du blé venu de Sicile, du poisson salé venu du nord de l’Europe. Toulouse quand à elle produit du vin et de l’huile de noix (voir à ce sujet les travaux de Philippe Wolff).

     Coté décor, la frise de la façade reprend des thèmes communs avec les ornements prisés par les hommes d’église. On retrouve notamment ici sculptée une scène de chasse. Ce thème quasi-guerrier, sera repris à Avignon par les hommes d’église (voir notamment les fresques dans l'ancienne livrée de Viviers réalisées vers 1340).     

 

   Le château narbonnais:

   Dans le jardin des plantes se trouve un vestige des dépendances du château construit au XIIe siècle par le comte de Toulouse. Ce château se trouvait sur l’actuel palais de Justice.

Les vestiges exposés dans ce parc montrent deux belles baies à arcs outrepassés. Le château a utilisé en remploi un bel arc de l’époque gallo-romaine qui est représenté sur une gravure de 1556.

   En novembre 1298 sur ordre de Philippe le Bel on demande à un certain Jean de Mantes de construire une salle neuve (aula nauva). Pour le roi cette salle devait servir aux audiences des nouvelles chambres judiciaires. Lorsque le roi vient à Toulouse en 1304 la salle est inachevée. Le monarque se retrouve contraint de livrer justice dans un bâtiment provisoire en charpente dressé sur la place Saint-Étienne.

   Très abîmé, le château est détruit au XVIe siècle.

 

    Ordre de démolition du château par le roi Henri II:

   «Après avoir été averti de la ruine en laquelle était le palais de notre ville de Toulouse, désirant obvier à l’entière démolition d’icelui qui se trouve tant vieil et caduc, qu’il ne s’en attend d’heure à autre qu’une prochaine ruine, de sorte qu’il faut entièrement démolir l’édifice pour réédifier tout à neuf….»

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