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Le Jardin des Plantes : à la découverte d'un îlot de verdure toulousain

par Elodie Cattani

    Le Jardin des Plantes occupe une place centrale dans la ville rose où il y a un total de 43 jardins. Alors qu’est-ce qui fait de ce Jardin des Plantes, un jardin particulièrement remarquable du centre-ville toulousain ? Un jardin a plusieurs fonctions, il sert à embellir la ville, a un impact économique sur le quartier où il se trouve mais aussi des fonctions hygiénistes et sociales. Pour créer les jardins, on copie la capitale, on les dote de jolis plantes et arbres mais aussi de statues, telle que Diane, l’Apollon du Belvédère ou encore Le retour d’Auguste Seysses, représentant les retrouvailles amoureuses de deux amants. Les jardins contiennent également des portails et de constructions plus imposantes. Ainsi, certains aménagements du jardin des Plantes de Toulouse, qui est créé en 1794, s’inspirent du parc des Buttes Chaumont et du parc Montsouris avec sa cascade et son belvédère.

     La création du Jardin des Plantes

    1794 est en fait l’année où le Jardin des Plantes s’installe à son emplacement actuel. Ce projet fait suite à deux précédentes tentatives menées respectivement en 1730 par la Société des Sciences de Toulouse et en 1756 au niveau de l’actuelle rue des Fleurs qui était alors la rue de la Sénéchaussée.

 C’est finalement au naturaliste Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse qu’on doit d’avoir un Jardin des Plantes installé ici, sur les jardins de Frescati qui appartiennent alors aux Carmes déchaussés. C’est d’ailleurs leur église conventuelle Saint-Exupère qui est à proximité, édifiée en 1623. Le jardin est par la suite agrandi au fil des acquisitions de terrains environnants.

     Qu’est-ce qu’un jardin des plantes ?

    Un jardin des plantes est un lieu où on essaye d’acclimater des arbres et des plantes exotiques ramenées de voyages et où on pratique diverses méthodes de culture. Grâce au botaniste Picot de Lapeyrouse le jardin compte au début du XIXe siècle 1300 variétés différentes. Les personnes les plus pauvres peuvent aussi cueillir des plantes médicinales. La proximité des facultés de sciences et du cabinet d’histoire naturelle enrichissent encore ce pôle toulousain. Les 7 hectares du jardin étaient alors divisés en 7 écoles spécialisées. C’est en 1886 que le Jardin des Plantes ne devient plus qu’un jardin de plaisance et perd sa fonction botanique. De nos jours, le jardin botanique Henri Gaussen, contenu à l’intérieur du muséum, a repris cette fonction pour l’Université Paul Sabatier.

     La mare et la butte
    En 1817-1818 la pièce d’eau et la butte sont créées pour venir compléter l’ensemble du Jardin des Plantes. Le bassin est alimenté par l’eau venant du canal au niveau du Pont des Demoiselles. On peut admirer une cascade au niveau de la butte.

    De 1887 à 1976, le Jardin des Plantes accueillait des animaux en cage "exotiques" tels qu’un marabout, une autruche, un chameau et des manchots. La ménagerie du Jardin des Plantes comptait dans les cages, sous la butte, des hyènes, des putois, un renard et une volière. Il y avait en plus tout le long de l’allée centrale diverses cages.


      Les statues d’Hippomène et d’Atalante
   Deux statues illustrent le mythe d’Hippomène et d’Atalante. Hippomène met au défi Atalante de courir contre lui. S’il gagne, elle accepte de l’épouser. S’il perd, il mourra devant elle. Il réussit grâce à Aphrodite à gagner la course. En conséquence, ils se marient et s’unissent. Oubliant de remercier la déesse, les amoureux sont transformés en animaux et incapables de s’unir à nouveau.                                                                                              →

   Un lieu de mémoire de la Seconde Guerre Mondiale
   Du côté sud-est du jardin, l’ambiance est différente, plus lourde. Nous sommes entourés par l’allée des justes des nations, d’une plaque en l’honneur des personnes ayant péri en sauvant la vie des juifs et de deux bustes de résistants assez reconnus à Toulouse, Jean Cassou et Jean Moulin. La présence de ce pôle au sein du jardin en fait également un lieu de mémoire et de recueillement. Ces aménagements rentrent directement en résonance avec le musée départemental de la Résistance et de la Déportation situé non loin, le monument à la Gloire de la Résistance qui constitue la butte de l’autre côté de l’enceinte.


    La végétation du jardin
   Les essences locales sont composées de chênes, de platanes encore, très présentes aujourd’hui, les essences de pins, de tilleuls et d’ormes. De nombreux apports botaniques nous viennent d’Amérique, tels que le robinier, le magnolia, le tulipier, le frêne et le févier. D’autres plantes, orientales elles, viennent également embellir le jardin, tels que le cèdre, le marronnier d’Inde, le paulownia ou le mûrier, introduit à Toulouse.

   Pour les fleurs, si on connaît le rapport de Toulouse avec la violette et le pastel, on ignore que le chrysanthème est aussi relié à Toulouse puisqu’on doit le développement de sa culture à un certain capitaine Bernet qui en développe 300 variétés.


     Le portail de Nicolas Bachelier
    Le portail de la commutation des droits a été dessiné en 1545 et desservait à l’origine la salle du petit consistoire dans l’ancien Capitole. La porte en fer forgée est fixée dans un encadrement plein cintre encadré par deux étages de colonnettes. Au-dessus de la porte, est figuré un oculus aveugle sous un fronton triangulaire. Les colonnes sont couronnées de blasons de capitouls martelés en 1793. Des croissants et un autre blason surmontent l’ensemble.

    Ce portail est emblématique du travail de Nicolas Bachelier au XVIe siècle. On y retrouve une façade symétrique et ordonnancée. De nombreuses façades d’hôtels particuliers toulousains reprennent les mêmes éléments. Nicolas Bachelier en a dessiné, réalisé de nombreux. 


    Le mur du château narbonnais
  Cet autre élément architectural déposé dans le Jardin des Plantes est également un vestige de l’histoire de Toulouse. Issu du château narbonnais, la résidence des comtes de Toulouse du XVIIIe au XIIIe siècle. Il s’agit ici d’un élément décoratif en brique, avec quelques rangées de pierres sur la partie basse. Deux baies géminées ornent le mur et ont conservées leurs colonnes. 


     La statue de la femme au paon
    Cette statue en résine est la copie de l’originale conservée au musée des Augustins. C’est une autre statue d’Alexandre Falguière, réalisée vers 1890, comme de nombreuses autres dans le parc. La jeune femme est nue et caresse un paon présent à ses côtés. Le pied qu’elle pose en hauteur permet à l’artiste de jouer sur le balancement de son corps. Les sculptures du Jardin des Plantes font toutes référence à des figures mythologiques de l’Antiquité en rapport avec la nature, les animaux, le jeu, et l’amour. Des thèmes légers qui vont donc à ravir dans un jardin..


       L’escarpolette

      Sous couvert d’éléments de plaisance, et parmi les végétaux et les animaux, l’Art est présent au jardin. Ce manège l’Escarpolette est lui aussi un clin d’œil discret à l’Art. En effet, il renvoie au tableau Les heureux hasards de l’Escarpolette, réalisé à la fin des années 1760 par Jean Honoré Fragonard. Bien que repris ici pour la balançoire, le tableau illustre aussi les divers plaisirs auxquels on peut se livrer dans cet écrin vert : du jeu ludique ou sportif, à la contemplation des végétaux, animaux et éléments architecturaux jusqu’aux échanges amoureux. L’Art représente et rentre en résonance avec les activités du jardin.
 

L’histoire de la faculté toulousaine: des collèges médiévaux aux lieux universitaires du XXe siècle 

par Emeline Domain et Jade Orsolle

   Le catharisme apparaît au XIe siècle et est particulièrement bien implanté dans le Midi toulousain. De multiples moyens vont alors être mis en place afin de lutter contre cette hérésie. La prédication, c'est-à-dire l'enseignement de la foi aux fidèles et évangélisation des foules, constitue l’un des moyens mis en place pour lutter contre le catharisme. Ces missions de prédications ayant été confiées aux cisterciens, un grand nombre de fondations cisterciennes se sont implantées dans la région toulousaine. En témoigne la nomination à l’évêché de Toulouse du cistercien Foulques en 1205. Il est intéressant de souligner l'importance de l’action de saint-Dominique dans la lutte contre le catharisme puisqu'il est notamment à l’origine de la création de l’ordre des Dominicains. Parmi les instruments de lutte contre l’hérésie cathare il faut aussi noter la création de nombreux tribunaux à partir de 1233. L'Inquisition sera d’ailleurs confiée aux dominicains dès 1234. La création de l’Université, à Toulouse, en 1229 constitue également un des éléments de la lutte contre le catharisme. 

   Saviez-vous que l’Université de Toulouse est la deuxième faculté française à voir était fondée puisqu'elle succède à la Sorbonne (créée en 1200). Le traité de Paris, signé le 12 avril 1229, contraint Raymond VII, comte de Toulouse, à prêter allégeance au roi de France, Louis IX. Le comte se retrouve dans l'obligation de céder au roi près de la moitié de son territoire, de marier son unique fille, Jeanne, avec Alphonse de Poitiers, l’un des frères du roi. Ce traité impose également à Raymond VII de fonder une Université à Toulouse afin de lutter contre l’hérésie cathare et stipule la présence de quatorze enseignants venant de Paris. 

   C’est dans le nouveau bourg médiéval de Saint-Sernin que s’installèrent la plupart des collèges universitaires. Il est tout à fait intéressant de noter que le terme “quartier latin”, utilisé pour évoquer le quartier Saint-Sernin, est d'origine parisienne et désigne l'arrondissement où s'élevait l'Université et dont l'enseignement était dispensé en latin. 

   Le rendez-vous de cette visite était donné au couvent des Jacobins puisque cet édifice possède une place centrale dans la lutte contre l’hérésie cathare et constitue un haut lieu universitaire de la ville. Ce couvent fut fondé par l’ordre mendiant des Frères Dominicains avec le soutien de l’évêque cistercien Foulques. Le clocher de cette église abritera dès 1229 la cloche de l’Université. 

     Les collèges médiévaux

   Les collèges à Toulouse étaient déjà évoqués dans la lettre papale rédigée par Grégoire IX en 1233. Pourtant le premier collège toulousain établi durablement n’est construit qu’en 1329. A cette époque, il était vivement conseillé à chaque habitant de Toulouse, disposant d’un logement vacant, de le louer aux étudiants venus dans la cité. A leur début, les collèges étaient donc des habitations offrant le gîte et le couvert aux étudiants peu fortunés. C'est à partir de la fin du XVe, début du XVIe siècle que ces installations évoluent et deviennent des établissements d’enseignements où l’on y apprend les Humanitas (la géométrie, l’astronomie, la rhétorique, l’arithmétique ou encore la philosophie.) Les collèges n'étaient cependant pas autorisés à délivrer de diplômes. 

  Les manuscrits étant chers et plutôt rares, de nombreux collèges sont alors créés au XIVe siècle afin d’acheter et de conserver des manuscrits pouvant servir aux étudiants. Ceci entraîne la création de bibliothèques au cœur du centre universitaire de la ville. Une partie du riche fonds Colbert de la BnF provient de la bibliothèque du collège de Foix. Les collèges de Verdale, de Saint-Martial, de Saint-Raymond, de Mirepoix ou encore de Périgord possédaient également une bibliothèque. L’Université fournit donc une clientèle de choix aux enlumineurs.

    L'Université de Toulouse à l'époque moderne: 

  Les années 1540 sont marquées par une vie universitaire tumultueuse. Dans son ouvrage Pantagruel, Rabelais décrit parfaitement l’ambiance universitaire de Toulouse au XVIe siècle: “De là vint à Toulouse, où il apprit fort bien à danser et à jouer de l’épée à deux mains, comme est l’usage des écoliers de ladite Université; mais il n’y demeura guère, quand il vit qu’ils faisaient brûler leurs régents tout vifs.” Il est avéré que plusieurs professeurs eurent été accusés, sur simple dénonciations et sans preuves formelles, d’hérésie au moment où le protestantisme a gagné le Midi de la France. Nous savons également que certains étudiants, se voyant privé de leurs privilèges par le Parlement, sont allés jusqu’à brûler leurs salles de classe en représailles. 

 Malgré tout, l'Université de Toulouse reste un lieu d’enseignement prestigieux notamment pour l’étude du droit civil, alors interdit à l’Université de Paris. Une phrase est souvent mentionnée au sujet de la faculté toulousaine, illustrant l’attrait de la ville et la vision positive qui émanait de son enseignement: “Paris pour voir, Lyon pour avoir, Bordeaux pour dépenser, Toulouse pour apprendre.” L'Université toulousaine est régulièrement surnommée la cité palladienne, démontrant ainsi qu’il s’agit d’une ville de culture, d’enseignement et de savoir. Dans ce contexte favorable, l’enseignement se fait par des humanistes de renom venus de toute l’Europe. Ces derniers contribuent à l’attraction de la faculté de la ville puisque de nombreux étudiants, venant de tout le continent, se rendent à Toulouse pour assister aux cours de droit civil. La faculté toulousaine s’inscrit pleinement dans le tour universitaire que beaucoup d’humanistes, et étudiants, entreprennent à travers l’Europe. Les étudiants, séduit par ce périgrinatio academica, se regroupent en nations. Les quatre plus importantes étant celles des Allemands, des Espagnols, des Français de la Loire et des Aquitains/Gascons. 

     A la fin du XVIe siècle, l’enseignement des collèges va être pris en charge par l’ordre des Jésuites, malgré les contestations des universitaires de la ville. L'année 1681 marque un grand tournant pour les collèges toulousains puisque certains vont être intégrés au système universitaire. 

 

   Il faut remarquer qu’il y a une certaine continuité dans la fonction éducative de la majorité de ces lieux universitaires depuis l’époque médiévale. Bien que toutes les facultés de la ville ne se trouvent plus dans le quartier latin, Saint-Sernin, depuis le Moyen Âge, conserve sa vocation universitaire puisque encore aujourd’hui il abrite l’Université de Droit et du Temps Libre ainsi que plusieurs lycées. Pour exemple, l’hôtel de Bernuy, le collège de Périgord demeurent des lieux de savoir et d’enseignement.

 

    A partir de la Révolution Française: 

  Après avoir été supprimée lors de la Révolution française, l’Université de Toulouse est refondée au XIXe siècle. La faculté de la ville est toujours reconnue comme un lieu d’enseignement majeur, au même titre que la capitale. 

C’est réellement sous le gouvernement de Napoléon Bonaparte que le système éducatif se restructure puisqu’à partir de 1802, ce dernier exige la division de l’enseignement en enseignement primaire, secondaire et supérieur. Des “Écoles impériales” vont alors être mises en place dans l’enseignement supérieur. A Toulouse, celle de Droit ouvre ses portes en novembre 1805. Il faudra attendre 1808, pour que l’École impériale de Médecine et de Chirurgie soit créée. Au XIXe siècle, d’autres instituts et écoles viennent renforcer le caractère éducatif de Toulouse avec la création de l’Institut de Chimie, l’Institut Agricole ou encore l’Ecole vétérinaire inaugurée en 1825. 

    Cette visite dans le quartier latin de Toulouse nous a permis de mettre l’accent sur la vie intellectuelle et universitaire de Toulouse. Si la première impulsion pour la création d’une Université dans la ville est d’ordre religieux, en faveur de la lutte contre l’hérésie cathare, cet aspect théologique reste pourtant peu important en termes d’enseignement. De ce fait, si l’Université est à l’origine placée sous la protection de la royauté et surtout pontificale, elle garde une forte autonomie dans le choix de ses enseignements et de certaines décisions conférant ainsi une certaine liberté aux étudiants et nations. C’est au XIVe siècle que l’Université à Toulouse connaît son plein essor, notamment grâce sa faculté de Droit qui est la deuxième plus importante du Royaume. Les nombreux collèges toulousains sont également à l’origine de l’essor de l’Université. 

  Certains noms de rues de la ville témoignent de l’histoire de l’Université de Toulouse puisqu’ils correspondent à l’implantation de certains lieux d’enseignement. La rue des lois fait directement référence aux salles de la faculté de droit qui y sont installées jusqu’au début du XVIe siècle. Alors que la rue des Arts, longeant l’actuel musée des Augustins, porte ce nom en hommage à l’Ecole impériale des Sciences et 

des Arts qui se trouvait dans une partie du couvent des Augustins à partir de 1804. 

 

   Nous ne pouvions parler de l’histoire de la faculté toulousaine sans évoquer les événements de Mai 68. Toulouse fut la première ville universitaire de province à réagir aux événements parisiens. Le nombre important de ses étudiants, inscrits pour l'année 1967/1968, fut certainement un facteur propice à la rapidité de la mobilisation. Le rapprochement des centres universitaires dans le centre-ville facilita le déclenchement de la contestation: la Faculté des lettres et la Faculté de droit étaient côte à côte, à deux pas de la place du Capitole; le lycée Pierre de Fermat où logent les classes préparatoires aux grandes écoles, ont été de véritables viviers de contestation. C’est dans ce contexte que la césure des facultés de Toulouse a eu lieu. L’Université du Mirail fut construite en 1970.

A la découverte des secrets de la "ville rose" par Jade Orsolle

  La sensibilisation à la diversité du patrimoine toulousain étant le principal objectif de cette visite, Jade Orsolle (diplômée en Histoire de l'Art et actuellement volontaire en Service Civique au sein de l'association) a décidé de livrer certains secrets de sa ville natale par le biais d'anecdotes, de faits historiques et d'analyses plastiques et architecturales.

   Lever les yeux et regarder ce qui nous entoure quotidiennement étaient le leitmotiv de ce parcours !

 

  Toulouse, une ville rose ?

  Si Toulouse est internationalement connue sous le nom de «ville rose», elle n’a pourtant pas toujours eu cette apparence. En effet, la brique a longtemps été considérée comme un matériau de second ordre contrairement à la pierre, matériau noble par excellence. Toulouse ne possédant pas de carrière de pierre, la brique était largement employée dans toutes sortes de constructions. Ce matériau peu noble n’était pas laissé apparent puisqu’il était enduit de blanc, conférant ainsi aux façades de briques l’illusion de la pierre. La place Wilson, tout comme la place du Capitole, étaient entièrement enduites de blanc. Il faut donc imaginer que l’ensemble de la ville avait une toute autre apparence que celle d’aujourd’hui puisqu’elle ne possédait pas du tout la même polychromie.

  L’image de Toulouse comme ville rose est une conception très récente qui trouve son origine au début du XXe siècle puisque c’est à partir des années 1906/1907 que la municipalité fait le choix de valoriser la brique et de donner à Toulouse l’image de ville rose. C’est à partir de ce moment là que les cartes postales et l’ensemble des produits touristiques représentant la ville vont être réalisés sur fond rose.

 

   L'emblématique Rue d’Alsace Lorraine:

   Célèbre rue commerçante de la ville, les toulousain.e.s ont pour habitude de porter leur regard sur les vitrines des boutiques de la rue d’Alsace Lorraine sans prêter attention à la beauté des immeubles qui la constituent.

  Avez-vous remarqué qu’une horloge tout à fait originale trône dans l’oeil de bœuf du bel immeuble haussmannien qui fait l’angle de la rue d’Alsace Lorraine et de la rue Rivals ? Construite en 1895 cette horloge à vingt-quatre chiffres orne la façade d’une banque. Selon deux spécialistes en horlogerie, messieurs Perissas et Hayard, les cadrans de 24h sont très rares et seraient le reflet d’une mode de la fin du XIXe siècle (époque marquée par l’émergence du Capitalisme). Pour Jean-Henri Fabre, enseignant à l’Ecole nationale d'architecture de Toulouse, “la bourgeoisie commerçante [à cette époque] a besoin d’un système de mesure précis. C’est le symbole de la continuité du travail de l’argent qui circule 24 heures sur 24.”(1) D'ailleurs, ne ditons pas souvent que “le temps c’est de l’argent” ?

   Contrairement à cette horloge, la façade de l’immeuble situé au 42 rue d’Alsace Lorraine a l’habitude d’attirer les regards. Créant une véritable rupture visuelle avec le rythme régulier et linéaire des façades haussmanniennes qui l’entourent, ce bâtiment édifié par Léon Jaussely en 1926 abritait l'ancien hall commercial du journal de La Dépêche du Midi. Tout à fait caractéristique du style Art Déco, cette façade d’immeuble entièrement réalisée en mosaïque est rythmée par des ouvertures aux formes variées (polygonales et rectangulaires) et une composition symétrique marquée par une travée centrale saillante à pans coupés. Sur la partie supérieure de la façade, une allégorie de la connaissance et de l’information se dresse sous les traits d'une déesse gréco-romaine entourée de nuées blanches et de rayons lumineux portant le nom des différentes rubriques du journal. Cette façade, inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1997, illustre bien le fait que Toulouse porte d’autres couleurs que celle de la brique.                                                                                       

1. Citation tirée du site internet de l’entreprise Laumaillé qui a été chargée de la restauration de l’horloge en 1985.

  Un ingénieux système d'orientation:

  Composés d'un dédale de nombreuses petites rues entourées de bâtiments patrimoniaux, il est parfois difficile de s'orienter dans les centres-villes anciens. Toulouse, ne fait pas exception à cette règle mais il existe ici une astuce pour se repérer dans les vieilles rues de l'hypercentre. Peut-être avez vous déjà remarqué, en vous baladant, des plaques de rues rectangulaires à angles coupés de couleur jaune et blanche. En 1815, la municipalité instaure un nouveau système d'orientation. Le point de repère de ce système fît débat avant que la Garonne soit finalement choisie. Les plaques jaunes sont alors placées dans les rues parallèles à la Garonne tandis que les blanches se trouvent dans celles qui sont perpendiculaires ou obliques au fleuve. A noter également que les numéros inscrits sur les plaques blanches partent de la Garonne tandis que les jaunes sont numérotées de l’amont vers l’aval avec les impairs à gauche et les pairs à droite.

  C’est la manufacture de faïence Fouque Arnoux, installée près de la place Saint-Sernin, qui a été chargée de confectionner ces fameuses plaques. Ce système tout à fait ingénieux fut abandonné en 1875 et remplacé par des plaques blanches en fonte aux noms de rues écrit en bleu. Le nom des rues indiqué en occitan date seulement de 2002.

 

   Le port de la Daurade:

  Le port de la Daurade a marqué l’histoire de Toulouse. Trait d’union entre le fleuve de la Garonne et le Canal du Midi depuis le Moyen Age, ce port était le lieu où se côtoyaient toutes sortes d’embarcations et différents métiers fluviaux. Célèbre pour sa Vierge Noire réputée miraculeuse, c’est la basilique Notre-Dame de la Daurade qui a donné son nom au quartier. Effectivement, cette église, reconstruite à partir de la fin du XVIIIe siècle, doit son nom à ses splendides mosaïques à feuilles d’or qui lui ont donné le nom de «Deaurata», ce qui signifie «la Dorée», pour finalement devenir la Daurade.

  La Vierge Noire aujourd’hui exposée dans l’église n’étant pas l’originale, la statue médiévale ayant été brûlée lors de la Révolution française, il nous est difficile de connaître l’origine de sa polychromie. Deux hypothèses s’offrent à nous: la première explication étant qu’elle aurait été sculptée dans du bois et la seconde que sa couleur noire serait due à la fumée des cierges. Ce qui est certain c’est qu’elle a noirci au fil des siècles. Effectivement, nous savons qu’au XVe siècle elle était appelée “Vierge Brune” et que c’est à partir du XVIIe siècle qu’elle est devenue la “Vierge Noire”. Peut être avez-vous déjà eu l’occasion de l’admirer à différentes reprises et ainsi pu constater qu’elle ne portait pas la même robe. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle possède plus d’une trentaine de robes qui lui ont été offertes par des fidèles depuis le XVIIIe siècle dont notamment le grand couturier Jean-Charles de Castelbajac. Elle change de robe entre 10 à 15 fois par an. A noter que son dernier changement de robe a exceptionnellement eu lieu en public à l'occasion de la réouverture de l’église après plusieurs mois de restauration (samedi 7 décembre 2019). 

  Suite à des travaux d’embellissement entrepris en 2016, la place de la Daurade est devenue un petit coin de fraîcheur et de verdure très prisé en l’été par les toulousain.e.s. Il est notamment possible de se restaurer et de se désaltérer à la buvette des Pêcheurs de Sable. Il est assez ironique qu’il y soit de nos jours vendu des boissons fraîches puisqu’il s’agissait, à l’origine, d’une morgue. En effet c’était à cet endroit que les corps repêchés dans la Garonne étaient exposés pour permettre aux familles des victimes d’identifier leur dépouille. Un filé d’eau froide coulait sur les corps pour les conserver et permettait également d’éviter les odeurs oppressantes de décomposition.


 

   Vous l’aurez compris, si Toulouse n’a pas toujours été une ville rose, c’est une ville d’une incroyable richesse patrimoniale, avec une histoire ponctuée par de multiples anecdotes.

    Dans notre société archi-connectée, il est regrettable que nous ne prenions que trop rarement le temps de regarder la beauté de ce qui nous entoure, de ce que nous avons quotidiennement sous les yeux: prenez donc le temps !

Les monstres sont parmi nous par Nicolas Coriggio

  La fin du mois d’octobre est toujours synonyme d’un passage d’un monde à un autre : les jours raccourcissent artificiellement, le froid fait sa grande arrivée, et la nuit se fait de plus en plus présente. Un contexte calendaire et climatique idéal pour une visite nocturne dédiée aux monstres du Moyen Âge. C’est à la lueur des lampes torches que Nicolas Coriggio a fait arpenter aux visiteurs le quartier des Carmes qui abrite une curieuse ménagerie. Le parcours s’est déroulé en quatre étapes avec une conclusion qui cherchait à répondre à la question suivante :  au Moyen Âge croyait-on vraiment aux monstres ?

   Introduction au point de rendez-vous (métro des Carmes) : Qui étudie les monstres médiévaux ? Et les monstres dans le midi de la France au Moyen Âge.

   L’étude des monstres médiévaux dans le milieu universitaire a été rendue possible grâce aux travaux de Jacques le Goff qui dans les années 1970 s’est intéressé au domaine du merveilleux dans les mentalités médiévales. De nos jours les travaux de Claude Lecouteux font autorité.

   Dans le midi de la France le monstre le plus connu au bas Moyen Âge est la tarasque. C’est un monstre aquatique terrifiant qui vit dans les marais du Rhône non loin de Tarascon. Jacques de Voragine (1228-1298) l’évoque dans sa célèbre légende Dorée. Toujours au treizième siècle, mais au début cette fois-ci, Gervais de Tilbury nous rapporte de nombreuses légendes dans son livre des merveilles qu’il a collecté dans le sud de la France. Il est considéré comme un des premiers folkloristes occidentaux et ses écrits sont de précieux témoignages sur le merveilleux populaire. Mentionnons ces légendes du lac infernal au sommet du Canigou ou des dracs (monstres aquatiques prenant l’apparence d’humains) de Beaucaire.

    Deux monstruosités toulousaines sont connues à la toute fin de la période médiévale : la reine Pédauque et l’enfant monstrueux d’Angèle de la Barthe. La première est une reine wisigothe atteinte d’une lèpre monstrueuse qui la rendait horrible à voir, c’est en tout ce que raconte Nicolas Bertrand en 1515 dans son "de Tolosanorurn Gestis". La seconde créature est une progéniture démoniaque sortie du ventre d’une certaine Angèle de la Barthe. C’est en tout cas ce que prétend au XVe siècle le chroniqueur Bardin. Il évoque un nourrisson à tête de loup et à queue de serpent, qui ne se nourrit que de jeunes bébés tués par sa mère ou déterrés dans les cimetières toulousains.

    Première étape : le jardin des gargouilles.

  Dans le square de la Dalbade on peut voir déposées deux gargouilles. Ce sont des moulages issues de la collection du musée des Augustins. Elles proviennent de l’ancienne église des Cordeliers et ont été réalisées entre 1260 et 1320. La première est à visage de chien et la seconde se présente sous la forme d’un dragon aux ailes membraneuses. Les gargouilles sont des gardiennes des lieux saints comme le confirme un exemplum du XIIIe siècle d’Etienne de Bourbon.

    Seconde étape : la maison aux chiméres

   Elle se situe rue Croix-Baragnon et demeure plus connue sous l’appellation de maison romano-gothique. Elle date du début du IVe siècle. Sa modénature alterne brique et frises moulurées. Le décor de ces corniches est d’une impressionnante richesse. On y voit tantôt des centaures chassant des créatures du monde réel, tantôt des harpies ou des hybrides en tout genre. Stylistiquement, ce bestiaire minéral s’inspire des créatures chimériques des drôleries qui ornaient les marges des manuscrits de l’époque.  →

   Troisième étape : la maison du diable.

   Elle se trouve à l’entrée de la rue Ozenne, au numéro 3. Il s’agit en fait d’une construction « récente » car néo-gothique, mais elle inclut un chapiteau orné d’un diable aux canons esthétiques assez fidèles aux diables médiévaux. Si vous désirez voir un vrai démon médiéval dans Toulouse, il faut se rendre à la porte des Comptes de la Basilique de Saint-Sernin où les chapiteaux romans des années 1080 donnent à voir ces créatures diaboliques. Le diable au Moyen Âge est omniprésent, le moine bourguignon Raoul Glaber prétend l’avoir vu durant une nuit. Il le décrit de manière archétypale : un être petit, poilu, aux cheveux hirsutes. Mais le diable peut parfois aussi prendre l’apparence d’un ange…

   Dans le sud de la France le diable le plus connu au Moyen Âge est celui du pont du diable de Saint-Guilhem-le-Désert. Sa légende est racontée dans la chanson de Guillaume d’Orange qui était très populaire durant l’époque romane. Il faut savoir que de nombreux ponts de la région se revendiquent à tort comme des ponts du diable. Pensons notamment à celui de Cahors ou de Montoulieu en Ariège. Ce sont des inventions narratives du XIXe siècle destinées à attirer et tromper les touristes en quête de sensationnel.

    Quatrième étape : l’hôtel Dahus de la rue Ozenne.

   Cet hôtel particulier a été construit à partir de 1470. On peut y voir à son sommet un bel ensemble de gargouilles. Mais c’est sa forme de Donjon qui nous intéresse car elle évoque celle d’un château hanté. Dans la région, une histoire d’esprit frappeur (ou poltergeist)  nous a été narrée par le chroniqueur Jean Froissart lorsque celui-ci rendit visite à Gaston Phébus en 1388. La cour itinérante du prince fit étape au château de Coarraze

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Visite de l'exposition "Va dans ta chambre !"

par Pauline Mayol